Les chutes en chiffres

Selon la définition proposée par Hauer (2006) qui semble faire consensus aujourd’hui, on entend par chute « une perte brutale et totalement accidentelle de l’équilibre postural lors de la marche ou de la réalisation de toute autre activité et faisant tomber la personne sur le sol ou toute autre surface plus basse que celle où elle se trouvait ».

Concernant la fréquence du phénomène, la situation française est décrite de façon détaillée par Thélot et al. dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire du 11 juillet 2017 qui reprend les différentes sources de données disponibles sur le territoire : Baromètre Santé*, Enquête permanente sur les accidents de la vie courante (EPAC)**, PMSI*** et certificats de décès**** [1].

Fréquence des chutes

On estime que de 28 à 35% des personnes âgées de 65 ans et plus chutent chaque année et cette proportion s’élève à 32-42% chez les 70 ans et plus. Les risques de chute augmentent avec l’âge et avec la fragilité, ainsi près d’une personne de 80 ans ou plus chuterait chaque année. Dans le baromètre santé 2010, un quart des femmes et 17% des hommes (âgés de 55 à 85 ans) ont déclaré être tombés au cours des 12 derniers mois. Parmi les chuteurs, 29% déclaraient deux chutes dans l’année et 22% trois chutes ou plus. 

Si la fréquence des chutes augmente avec l’âge, elle est également plus élevée chez les femmes que chez les hommes (Gribbin, 2009). On retrouve ces mêmes différences selon l’âge et le genre pour les chutes à répétition (HAS, 2009).

Les données épidémiologiques sont difficiles à comparer d’une étude à l’autre et d’un pays à l’autre en raison de différences de méthodologie, de définition, ou encore de population. Une revue de la littérature récente a comparé les résultats de plusieurs études menées dans différents pays. Dans la majorité des études, 20 à 33 % des personnes de 65 ans ou plus rapportaient avoir chuté sur une période de 1 an, et entre 8 et 25 % avaient fait au moins deux chutes au cours de l’année (Peel, 2011).

Dans les études qui reposent sur l’interrogatoire des personnes âgées, les chutes qui n’ont pas entraîné de traumatisme important sont parfois sous-déclarée aux professionnels de santé car la chute a pu être oubliée ou alors elle est perçue comme un symptôme du vieillissement et elle véhicule la peur de l’institutionnalisation et de la perte d’indépendance. 

Hospitalisations et traumatismes liés à des chutes 

Le risque de se blesser lors d’une chute augmente avec l’âge. Selon les données du Baromètre santé 2010, les chutes sont suivies d’une consultation chez un médecin dans 30% des cas. Dans l’Enquête permanente sur les accidents de la vie courante, les chutes sont à l’origine de 85% des recours aux urgences pour un accident de la vie courante chez les personnes de 65 ans et plus. Cette proportion augmente avec l’âge. Dans 70% des cas la chute a eu lieu à domicile.

Aux Etats-Unis, on estime que 20 à 30% des chutes chez les personnes âgées s’accompagnent d’un traumatisme [OMS, 2016] mais les chiffres sont variables selon les études (de 20 à 60%). 10% des chuteurs présenteraient des traumatismes sévères (Peel, 2011). L’incidence des chutes avec traumatisme augmente avec l’âge. Les hommes présentent plus souvent des traumatismes crâniens et les femmes des traumatismes des hanches ou du bassin [Inserm, Expertise collective 2015]. La proportion de personnes hospitalisées après leur passage aux urgences augmente également avec l’âge, d’un quart à 65 ans à près de la moitié à 90 ans.

En France, parmi les personnes âgées de 65 ans et plus, 76 100 hospitalisations ont été motivées par une fracture de l’extrémité supérieure du fémur en 2014 (données du PMSI). Ces fractures sont survenues 9 fois sur 10 à la suite d’une chute. D’autres fractures peuvent être la conséquence de chutes comme les fractures des vertèbres responsables de douleurs à long terme et de perte d’autonomie. 

A côté des fractures et des traumatismes, les chutes peuvent également avoir des conséquences psychiques et sociales (perte de confiance en soi, peur de rechuter) pouvant conduire à une restriction des activités, à une dégradation de la vie sociale et à une perte d’autonomie. 

 

Mortalité liée aux chutes

La chute constitue la première cause de décès par accident de la vie courante chez les personnes de 65 ans et plus [Barry, 2011]. Selon les données issues des certificats de décès, en France métropolitaine en 2013, 9934 personnes de plus de 65 ans sont décédées suite à une chute accidentelle (11,2/100 000). Plus des deux tiers de ces décès sont survenus chez des personnes âgées de 85 ans et plus [Thélot, 2017]. 

Bien qu’importante, la mortalité liée aux chutes est souvent sous-estimée car la cause de la blessure responsable du décès n’est pas toujours rapportée dans les registres. 

Pour les fractures de l’extrémité supérieure du fémur, la mortalité hospitalière est de 2 à 14% après 80 ans avec une mortalité de 20 à 30% à un an (Leborgne, 2018). Après une fracture de l’extrémité supérieure du fémur, le risque de mortalité augmente avec l’âge et est accru chez les patients ayant présenté un syndrome confusionnel post opératoire ou souffrant de comorbidités à type de cancer ou de trouble respiratoire chronique (Leborgne, 2018).

En cas de chute, le maintien prolongé au sol de plus d’une heure est un facteur de mauvais pronostic en termes de mortalité [Block, 2012].

 


[1] *Baromètre Santé : Enquête périodique réalisée par Santé Publique France avec l’objectif de renseigner sur les attitudes et les comportements de santé des populations **L’enquête EPAC repose sur l’enregistrement exhaustif et permanent des recours aux urgences pour accident de la vie courante dans les services d’urgences de dix hôpitaux en France métropolitaine et d’un hôpital à la Réunion. ***Le PMSI est constitué par les résumés de sortie de toutes les hospitalisations effectuées en France ****La base nationale des causes de décès, élaborée à partir des certificats de décès est exhaustive

 

Synthèse thématique :